Alors que les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens hissent aujourd’hui le drapeau vert et blanc partout dans la province, l’Alliance pour des communautés en santé célèbre les plus de 744 000 francophones¹ qui contribuent à façonner les collectivités de l’Ontario et réitère son appel en faveur d’un système de santé qui leur offre des services dans leur propre langue.
En août, le français s’est retrouvé au cœur du débat national lorsque le Canada a décidé de suspendre les négociations commerciales avec les États-Unis après que les négociateurs américains eurent demandé des concessions concernant les mesures de protection de la langue française, notamment les exigences en matière d’étiquetage bilingue, le financement de la culture francophone et les règles encadrant les médias en français en ligne. Le premier ministre Mark Carney a décrit ces mesures comme des droits fondamentaux plutôt que comme des coûts commerciaux, et les Canadiennes et les Canadiens ont fait preuve d’une solidarité immédiate et sincère.
Cette solidarité est la bienvenue. Elle est aussi un test. Défendre le français comme principe à la table des négociations est une chose. Offrir des services en français au quotidien à une personne qui tente de décrire une douleur à la poitrine à un professionnel de la santé qui ne parle pas sa langue en est une autre. En Ontario, c’est ce deuxième test qui détermine les résultats en matière de santé.
Nous constatons des signes encourageants indiquant que cette reconnaissance gagne du terrain. Le 25 septembre, la municipalité de Shuniah, près de Thunder Bay, hissera pour la première fois le drapeau franco-ontarien. L’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) a salué cette décision, sa présidente, Michelle Boileau, qualifiant la levée du drapeau de symbole de fierté, de reconnaissance et d’appartenance². Nous nous joignons à l’AFMO pour féliciter Shuniah et encourager toutes les municipalités de l’Ontario à emboîter le pas. Le Nord-Ouest de l’Ontario est également une région où les services de santé en français sont parmi les plus difficiles à trouver. Nous espérons que le drapeau hissé à Shuniah marquera le début d’un engagement plus large.
Le 8 septembre, le Centre de planification des services de santé en français (CPSSF) a lancé son premier processus de planification stratégique sous le thème « Notre voix, notre santé »³, afin d’établir les priorités de son Plan stratégique 2028-2031. Des consultations sont actuellement en cours partout dans la province : à Toronto, Hawkesbury, Ottawa, Windsor, Sudbury, Thunder Bay et Barrie, ainsi que dans le cadre de séances virtuelles et d’un sondage en ligne, avec l’appui d’un comité consultatif de 34 membres représentant les six régions de Santé Ontario. La directrice générale, Natalie Aubin, a indiqué que les soins primaires se dégagent déjà comme une priorité.
« Il y a un an, nous avons accueilli favorablement la création du CPSSF. Aujourd’hui, nous le voyons faire exactement ce que nous espérions : demander aux francophones ce dont ils ont besoin, région par région », affirme Sarah Hobbs, directrice générale de l’Alliance. « Nous encourageons nos membres, les patients, les familles et les fournisseurs de soins francophones partout en Ontario à participer à ces consultations. C’est maintenant que les priorités sont établies. »
Mais une stratégie n’est aussi solide que les changements qu’elle permet d’apporter, et certaines lacunes doivent encore être comblées en Ontario. La première concerne les données. La direction du CPSSF a reconnu que les données nécessaires pour évaluer l’accès réel aux services de santé en français demeurent insuffisantes, que les indicateurs de rendement linguistique ne sont pas encore systématiquement intégrés dans tous les secteurs de la santé et que les pratiques actuelles en sont encore à leurs débuts⁴. Cela fait écho à ce que l’Alliance affirme depuis longtemps : de meilleures données sont une condition préalable à une meilleure planification. Nous ne pouvons pas combler une lacune que nous ne pouvons pas voir.
Une autre lacune importante concerne le calendrier. Le plan stratégique du CPSSF sera publié à l’automne 2027, pour une mise en œuvre à compter de 2028. Le Plan d’action pour les soins primaires de l’Ontario vise à rattacher chaque personne de la province à un médecin de famille ou à une équipe de soins primaires d’ici 2029. L’appel de propositions 2026-2027 prévoit plus de 250 millions de dollars pour la création et l’expansion d’équipes, et le budget de 2026 ajoute 325 millions de dollars supplémentaires⁵. Les décisions qui détermineront si les francophones auront accès à des soins primaires sont prises dès maintenant, soit un cycle complet de planification avant l’arrivée de la stratégie francophone.
Fait encourageant, les membres de l’Alliance et les partenaires francophones partout en Ontario répondent déjà à l’appel de la province visant à accroître l’offre de soins primaires, en créant de nouvelles capacités concrètes pour les francophones. Le 23 septembre, lors d’un pique-nique communautaire organisé à Mississauga dans le cadre de la Journée des franco-ontariennes et franco-ontariens, le gouvernement de l’Ontario a annoncé un financement annuel de 2 119 600 $ pour une nouvelle clinique de soins primaires du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), l’une des 124 nouvelles équipes de soins primaires ou équipes dont les services seront élargis grâce à l’appel de propositions 2026-2027 de la province⁶. Une fois pleinement opérationnelle, la clinique pourra desservir jusqu’à 4 800 patients francophones grâce à une équipe interprofessionnelle composée de médecins, d’infirmières praticiennes et d’infirmiers praticiens, d’infirmières et d’infirmiers autorisés, de thérapeutes et de diététistes. Son ouverture est prévue au début de 2027.
« Les francophones partout en Ontario méritent d’avoir accès à des services de grande qualité qui répondent à leurs besoins et tiennent compte de leurs réalités, notamment à des soins de santé en français », a déclaré l’honorable Natalia Kusendova-Bashta, ministre des Soins de longue durée et ministre des Affaires francophones, lors de l’annonce. « En tant qu’infirmière, je sais à quel point il est important de comprendre et d’être compris. Recevoir des soins en français permet aux patients de poser des questions et de mieux comprendre l’information qui leur est transmise. »
« Partout en Ontario, les membres de l’Alliance et les partenaires francophones démontrent qu’il est à la fois possible et essentiel d’élargir l’accès aux soins primaires en français. À titre d’exemple, l’annonce de la nouvelle clinique du CFGT à Mississauga témoigne de cet engagement commun à faire en sorte que les francophones puissent recevoir des soins complets et interdisciplinaires dans la langue dans laquelle ils sont le mieux à même d’exprimer leurs besoins et de participer pleinement à leurs soins. Nous devons continuer à miser sur cet élan, région par région, afin que des soins en français soient disponibles partout où les communautés francophones vivent et grandissent », ajoute Estelle Duchon, directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto et coprésidente du Comité consultatif francophone de l’Alliance.
Au-delà des soins de santé, les États généraux de l’AFO⁷ ont mis en garde contre un risque de déclin graduel de la francophonie en Ontario et fixé l’objectif de faire passer la proportion de francophones à six pour cent de la population de la province d’ici 2050. Un plan d’action communautaire doit être dévoilé lors du Congrès de l’AFO le mois prochain⁸. Les communautés qui ne peuvent pas obtenir des soins en français ne restent pas et ne peuvent pas se développer. La santé est une composante essentielle de cette vision.
L’Alliance continuera de travailler avec le CPSSF, l’AFO, nos membres francophones, ainsi qu’avec chaque partenaire et allié qui partage cet objectif, jusqu’à ce que chaque francophone en Ontario puisse avoir accès à des soins primaires dans sa propre langue, où qu’il vive.
Tout comme les Canadiennes et les Canadiens se sont mobilisés pour défendre nos droits linguistiques sur la scène internationale, nous sommes convaincus que l’Ontario saura faire preuve de la même détermination en protégeant le droit de chaque francophone d’être compris par son propre clinicien.
[1] - Dénombre les francophones selon la définition inclusive de francophone de l’Ontario, ainsi que les personnes qui parlent français à la maison, conformément à la définition de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).
[2] - AFMO, 25 août, 2026.
[7] - Une initiative collective d’envergure lancée en mai 2025 par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) pour façonner l’avenir des communautés franco-ontariennes à l’horizon 2050.