By Sofia Ramirez

Les mères aux prises avec des problèmes de consommation de drogue représentent une population extrêmement vulnérable. Elles font face à de multiples obstacles – à la fois au niveau systémique et social. 

Au niveau systémique, les mères toxicomanes hésitent à se faire soigner pour leur dépendance par crainte de susciter des questions immédiates au sujet de la garde de leurs enfants. Les femmes dans cette situation se sentent impuissantes à empêcher qu’on leur retire la garde de leurs enfants, une crainte qui les retient souvent d’avoir recours à un traitement. Elles peuvent faire face à une stigmatisation de la part des professionnels de la santé, et affrontent des difficultés pour ce qui est de circuler dans un système fragmenté qui adopte une vision trop étroite. Dans les établissements de soins traditionnels, on refuse souvent de traiter les femmes en raison de la complexité de leur cas; des cas où se chevauchent très souvent des traumatismes, des maladies mentales et des problèmes de logement.

Au niveau social, les femmes ne peuvent pas toujours compter sur le soutien de leurs familles ou de leurs amis. Dans certains cas, les femmes enceintes vivent avec des partenaires qui sont également des consommateurs de drogues et qui ne voient pas d’un bon œil leur changement de mode de vie. 

Tous ces facteurs sont des obstacles à leur réussite. Comprendre les obstacles personnels et sociaux, et les déterminants de la santé auxquels font face les mères constitue la clé de l’amélioration des résultats de ces femmes et de leurs enfants. Une femme dans cette situation ne devrait pas avoir à choisir entre obtenir un traitement et conserver la garde de ses enfants. 

Le CSC Black Creek a créé un milieu accueillant pour les femmes par l’entremise d’un programme novateur appelé Bridges to Moms. Ce programme travaille de manière holistique et adaptée sur le plan culturel afin de réduire les méfaits pour les femmes enceintes et les mères qui consomment de la drogue. Par ce programme, elles s’efforcent également d’améliorer les conditions de vie de leurs jeunes enfants. 

« Si nous pouvons accompagner une personne, un parent, dans l’amélioration de sa santé et de ses conditions de vie, précise Audrey Taylor, alors nous avons la possibilité d’améliorer également la vie de ses enfants et leurs chances pour l’avenir. »

Bridges to Moms est le fruit d’une initiative de collaboration entre le CSC Black Creek, le Centre Jean Tweed et les Services de toxicomanie de la région de York. Le programme sert une vaste région et s’inspire du programme Pathways to Healthy Families au Centre Jean Tweed. Un soutien est offert aux femmes enceintes ou aux mères qui ont des enfants dans la phase cruciale de développement de 0 à 6 ans. 

Suivant la publication d’un rapport montrant une augmentation de l’utilisation des opioïdes en Ontario, le programme a été financé par le Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) afin de cibler les femmes enceintes et les mères aux prises avec une dépendance aux opioïdes. L’objectif du RLISS visait à réduire la nécessité de soins hospitaliers. 

Le programme mis sur pied depuis six mois seulement en est aux étapes initiales. Les efforts actuels se concentrent sur la sensibilisation, la formation de partenariats et l’information d’autres fournisseurs de services quant à l’existence du programme. Le programme est dirigé par une équipe interprofessionnelle hautement qualifiée qui fournit un soutien à l’aide sous la forme de références, de consultations, d’aide avec les enjeux qui touchent le bien-être des enfants, d’accès aux programmes parentaux et de services de développement de l’enfant, ainsi que de l’éducation et des conseils sur les problèmes liés à la consommation de drogue, la grossesse et le rôle parental. 

Plutôt que d’exiger l’abstinence, on adopte une approche de réduction des méfaits, en orientant graduellement les femmes vers des substances moins nocives. « Les femmes proviennent de tous les milieux et leur expérience de vie est très variée. La plupart ont vécu un traumatisme et certaines consomment de la drogue avec leur partenaire. Chaque femme est unique et doit être prise en charge selon sa situation », affirme Audrey Taylor, la gestionnaire du programme.

Dans le cas d’une dépendance aux opioïdes, on recommande le remplacement par la méthadone, moins nocive pour le bébé. L’approche de la réduction des méfaits est privilégiée parce qu’un retrait soudain risque de provoquer un choc pour le bébé; de plus, elle a plus de chances d’amener les gens à une situation qu’ils peuvent gérer.  

Créer un espace libre d’oppression revêt également une importance critique. On reconnaît ainsi le manque de pouvoir de ces femmes, situation que l’on tente de modifier en étant solidaire et accessible. Un exemple en est la manière dont les exigences en matière de rapports des Services d’aide à l’enfance sont remplies. Dans de tels cas, ce sont les femmes elles-mêmes plutôt que les responsables du programme qui téléphonent aux SAE. Cela renforce non seulement la confiance au sein de l’équipe, mais aussi le sentiment de pouvoir et d’autonomie des femmes. 

Dans de telles circonstances, les besoins des femmes et des enfants sont souvent séparés et polarisés. À la place, ce programme unique en son genre favorise l’épanouissement de la relation mère-enfant qui est souvent ignorée et perçue comme secondaire par rapport au problème de toxicomanie.   

La deuxième étape du programme Mom & Kids Too se concentre sur le renforcement des liens entre la mère et ses enfants. La mère peut passer du temps avec ses enfants en présence d’un éducateur à la petite enfance qui observe et encadre la mère. Les enfants et leur mère participent ensuite à des activités qui favorisent leur épanouissement personnel. La femme peut ainsi se concentrer sur l’acquisition de compétences parentales tout en s’attaquant à sa dépendance envers la drogue : une approche tout à fait révolutionnaire

Cliquer ici pour consulter un aperçu du programme Bridges to Moms et pour connaître les coordonnées des responsables