En cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, nous rendons hommage aux survivantes et survivants des pensionnats indiens et de la rafle des années 60, à leurs familles et à tous les enfants qui ne sont jamais rentrés chez eux. Nous reconnaissons la vérité sur les traumatismes intergénérationnels que les peuples et les communautés autochtones ont subis et continuent de subir en raison de centaines d’années de racisme systémique et de violence coloniale. Nous reconnaissons que cette journée est dédiée non seulement à la commémoration, mais aussi à l’action et au changement, qui sont animés par la vérité, l’humilité et le respect.

Un élément essentiel de la réconciliation en matière de santé et de bien-être est l’appel à l’action lancé par les dirigeants autochtones : « La santé autochtone entre les mains des Autochtones ».

Que signifie et en quoi consiste « la santé autochtone entre les mains des Autochtones »?

Ce principe affirme le droit des Premières Nations, des Inuits et des Métis de concevoir, fournir et évaluer leurs propres services de santé. Il incarne l’autodétermination, les savoirs et les modes de vie autochtones, ainsi que la responsabilité envers les communautés autochtones. Il privilégie les besoins, les voix et le leadership autochtones. Il représente une réponse systémique au colonialisme systémique auquel font face les peuples autochtones au Canada.

Sur l’île de la Tortue, les organisations de santé autochtones vivent cette réalité au quotidien. Le Conseil autochtone des soins de santé primaires (Indigenous Primary Health Care Council, IPHCC) regroupe des organisations gérées par des Autochtones. Il milite en faveur de l’équité en santé dans l’ensemble de la province. L’Alliance pour des communautés en santé et ses membres se tiennent aux côtés de l’IPHCC et de ses membres pour que la santé autochtone soit gérée par les Autochtones et pour un plaidoyer conjoint dans tous les domaines touchant la santé et le bien-être des Autochtones.

Les vérités immuables

Alors que nous militons pour confier la santé des Autochtones aux Autochtones, nous ne pouvons faire l’impasse sur l’histoire endurée par les peuples et communautés autochtones, marquée par des traumatismes et par la violence coloniale, ainsi que sur les inégalités et le racisme systémique qui persistent encore aujourd’hui :

 

  • Eau potable : Des communautés comme la Première Nation Pikangikum, une communauté ojibwée située à plus de 500 kilomètres au nord-ouest de Thunder Bay, et plus d’une vingtaine d’autres sur le territoire ontarien, ne bénéficient pas d’un accès à l’eau potable. Ce problème constitue un enjeu de santé fondamental; les gouvernements doivent travailler ensemble pour mettre fin aux avis relatifs à l’eau dans les communautés autochtones.
  • Racisme institutionnel : Des incidents récents, comme l’expérience de Justin Flett au Manitoba, où il a attendu pendant 30 heures pour obtenir un traitement pour une appendicite aiguë, démontrent que le racisme systémique envers les populations autochtones persiste dans le domaine des soins de santé, menaçant gravement la vie des Autochtones. Bien que le gouvernement canadien ait établi un plan pour lutter contre le racisme envers les Autochtones dans les soins de santé, et que l’Association médicale canadienne ait récemment révisé son code d’éthique pour sensibiliser les médecins à cette question, il reste encore beaucoup à accomplir.
  • Santé mentale : Les taux de suicide chez les jeunes Autochtones demeurent bien plus élevés que la moyenne nationale. Les communautés ont clairement exprimé que ce sont les mesures de soutien ancrées dans la culture et liées au territoire qui sont efficaces, de même que les services et les programmes adaptés à la culture autochtone et dirigés par les Autochtones, comme l’accès à des programmes linguistiques, qui améliorent manifestement les résultats en matière de santé, y compris la santé mentale, des Autochtones.
  • Coûts des changements climatiques : Ces impacts, qui évoluent rapidement, ont des répercussions disproportionnées sur la santé des Autochtones, que ce soit en raison notamment des vagues de chaleur et des feux de forêt. La Charte pour l’équité en santé de l’Alliance est en cours de mise à jour par ses membres pour qu’elle reflète la nécessité urgente d’agir contre les effets des changements climatiques sur la santé.

Telles sont les vérités que nous devons porter aujourd’hui, et chaque jour, pour motiver l’action.

Les appels à l’action

Les appels à l’action 18 à 24 de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) clarifient les responsabilités : le Canada doit combler les écarts en matière de santé, s’attaquer aux obstacles et au racisme systémique, reconnaître les droits des peuples autochtones en matière de santé et renforcer le leadership autochtone dans les systèmes de santé. Des progrès ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire.

Notre rôle dans ces efforts

La volonté d’agir de l’Alliance et de ses membres est fondée sur l’écoute, l’action et l’imputabilité :

  1. Gouvernance et autodétermination des Autochtones : nous plaiderons en faveur d’un financement durable et équitable pour les organismes de santé autochtones, en respectant leur autonomie à définir la santé et le bien-être selon leurs propres termes.
  2. Sécurité culturelle : nous continuerons d’appuyer et d’apprendre des éducateurs et des gardiens du savoir autochtones, et nous poursuivrons notre propre formation en matière de sécurité culturelle et de lutte contre le racisme dans notre secteur, en gardant à l’esprit que ce travail n’est jamais terminé. Nous continuerons à inciter les autres dirigeants et partenaires non autochtones à participer à la formation sur la sécurité culturelle autochtone, dans le but de transformer leurs organisations.
  3. Appels à l’action de la CVR :  nous évaluerons nos efforts par rapport aux appels à l’action 18 à 24, et mettrons la réconciliation au cœur de notre travail.
  4. Déterminants de la santé :  nous nous joindrons à nos partenaires autochtones pour exiger des mesures concernant l’approvisionnement en eau potable, le logement, la sécurité alimentaire et les programmes et services de soutien en santé mentale, qui sont des déterminants clés de la santé dans les communautés.
  5. Imputabilité : nous écouterons, rendrons compte ouvertement et agirons avec humilité, en gardant à l’esprit que l’imputabilité doit revenir aux communautés et aux dirigeants autochtones.

 

Marcher ensemble

La réconciliation doit être une pratique quotidienne : refaçonner les relations, prendre et respecter des engagements, écouter et suivre les dirigeants autochtones.

En cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, nous réfléchissons, nous écoutons et nous nous engageons à nouveau à faire preuve de solidarité par l’action. Nous sommes conscients que la réconciliation en matière de santé ne sera pas atteinte tant que la santé des Autochtones n’est pas véritablement entre leurs mains. Aujourd’hui, nous nous remémorons. Et demain, nous continuerons à travailler et à être solidaires.

le Mardi 30 Septembre 2025