Juin est le Mois national de l’histoire autochtone au Canada, et le 21 juin marquait la Journée nationale des peuples autochtones. Ce mois thématique nous invite collectivement à honorer les cultures et les traditions riches et uniques des Premières Nations, des Inuits et des Métis, qui habitent ce territoire depuis des temps immémoriaux - des milliers d’années avant qu’il soit désigné sous le nom de « Canada ». Célébrée au solstice d’été, la Journée des peuples autochtones nous rappelle de façon éloquente le profond attachement des populations autochtones envers cette terre, ainsi que leur connaissance intime de ses cycles. Pour l’Alliance, à titre d’organisme dirigé par des personnes allochtones, ces moments sont l’occasion de réfléchir à notre part de responsabilité dans l’histoire de la colonisation de l’Ontario et aux pratiques coloniales qui subsistent. Cette période de l’année nous appelle non seulement à honorer les populations autochtones, mais également à mener une réflexion approfondie sur nos obligations issues des traités, ainsi que sur le rôle que nous avons à jouer dans les processus de réconciliation et de décolonisation.

Au début du mois, nous avons tenu notre congrès annuel sous le thème « Aiguillage et accès pour tous : L’équité en santé au centre de l’expansion des soins de santé primaires en Ontario ». Nous avons eu le privilège d’accueillir une aînée tout au long de l’événement et de l’assemblée générale annuelle qui le précédait. Durant ces trois journées passées à nos côtés, la Grand-mère Renée Thomas-Hill, du clan de l’Ours de la Nation Cayuga, rattachée au territoire des Six Nations de la rivière Grand, nous a transmis ses enseignements, tout en nous conviant à une réflexion empreinte de bienveillance et de gratitude. Cette transmission de savoirs s’inscrit dans notre cheminement continu visant à tisser des liens, à approfondir notre connaissance des cultures autochtones et à consolider notre rôle d’organisation partenaire et alliée sur la voie de la réconciliation.   

Le congrès a par ailleurs été marqué par la présentation de David A. Robertson, qui compte parmi les plumes et les voix autochtones les plus saluées au Canada. Son allocution s’est appuyée sur la force du récit pour donner vie à son plus récent ouvrage, « 52 Ways to Reconcile: How to Walk with Indigenous Peoples on the Path to Healing ». Par ses propos, le conférencier a illustré comment la tradition orale permet aux personnes de tisser des liens, de guérir et de forger un esprit de communauté. En soulignant les répercussions des politiques coloniales historiques et actuelles sur les populations autochtones, il a rappelé à l’auditoire que la réconciliation s’inscrit dans un mouvement collectif au sein duquel chaque personne a un rôle à jouer. Une telle démarche commande de désapprendre pour mieux réapprendre, de déconstruire les fondations du passé et de bâtir, de façon concertée, une nouvelle réalité. La séance s’est conclue par un appel à la mobilisation : poser des gestes porteurs de sens à l’échelle tant personnelle que professionnelle.

Nous prenons ce mot d’ordre très au sérieux. Dans notre cheminement vers la réconciliation et la décolonisation, nous devons accorder une place centrale aux voix, au leadership et aux communautés autochtones. Nous y parvenons en forgeant des partenariats avec le Conseil autochtone des soins de santé primaires, avec les organismes autochtones de soins de santé primaires membres de l’Alliance, ainsi qu’avec d’autres entités dirigées par des personnes autochtones.

Ces démarches exigent en outre de défendre et de promouvoir le principe de la santé des Autochtones entre les mains des Autochtones, qui réitère l’importance de la gouvernance et de l’autodétermination de ces populations en matière de santé. Pour les organismes allochtones, cet engagement suppose de soutenir le droit des populations autochtones d’assurer la direction et la gouvernance des réseaux de la santé, d’établir les priorités et d’administrer les services ainsi que les ressources qui les concernent. Il importe également de bien cerner les périmètres d’intervention : bien que les entités allochtones aient la responsabilité d’offrir des services aussi sécurisants sur le plan culturel que possible, elles doivent s’abstenir de mettre sur pied des programmes exclusifs, de gérer des fonds spécifiquement alloués aux Autochtones ou de s’approprier des pratiques liées à la guérison traditionnelle, aux cérémonies ou à d’autres rôles connexes. Ce mandat revient de plein droit aux organismes dirigés par des personnes autochtones, aux aînés, aux gardiens du savoir, aux guérisseurs traditionnels, ainsi qu’à toute autre personne détentrice de savoirs autochtones. Les organisations désireuses de mieux saisir leur rôle dans l’application du principe de la santé des Autochtones aux mains des Autochtones et d’accroître leur capacité à offrir des soins culturellement sécurisants à la clientèle autochtone sont invitées à suivre la formation Anishinaabe Mino'ayaawin (« Les gens en bonne santé »). Offerte par le Conseil autochtone des soins de santé primaires (IPHCC), cette formation sur la sécurité culturelle s’accompagne de nombreuses ressources où puiser de judicieux conseils et des pistes de réflexion.

Le processus de réconciliation et de décolonisation se déploie bien au-delà du mois de juin. Ce cheminement continu et concerté exige l’engagement de chaque personne. Alors que s’achève l’édition de cette année du Mois national de l’histoire autochtone, gardons à l’esprit l’appel à la mobilisation de David A. Robertson : poser, chaque jour et tout au long de l’année, des gestes porteurs de sens à l’échelle tant personnelle que professionnelle.

le Lundi 22 Juin 2026