De gauche à droite : Dr Christopher Keefer, Eustace Orléans-Lindsay, pharmacien; Stephanie Mayell, étudiante de 3e cycle en anthropologie de la santé à l’Université McMaster; Isabel Chilean et Lorena Acuna, deux interprètes; à l’arrière-plan, Tricia Gutierrez, assistante en soins primaires de la clinique.Par Sofia Ramirez, responsable des communications, Politiques et communications
Chaque année, l’Ontario accueille environ 18 000 travailleurs agricoles saisonniers (TAS). Bien qu’ils paient des impôts et aient leur carte RAMO, la plupart d’entre eux font face à de multiples obstacles à l’accès des services de soins de santé. Ces obstacles peuvent créer des situations difficiles et dangereuses parce que leur travail est physique et menace souvent leur santé. L’isolement social et géographique influe également sur leur état de santé mentale. Deux des centres de santé communautaire (CSC) de l’Ontario aident à répondre aux besoins de ces travailleurs : le CSC Grand River à Brantford et le CSC Quest à Saint. Catherines. Ils ont été financés par des projets pilotes de deux années à travers le Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) de Hamilton Niagara Haldimand Brant. La région accueille environ 8000 travailleurs agricoles saisonniers chaque année.« Des recherches récentes ont indiqué que le Centre de santé communautaire (CSC) constitue un modèle efficace pour répondre aux besoins des travailleurs agricoles migrants en matière de soins primaires », a déclaré Donna Crips, chef de la direction du RLISS. « Je suis heureuse de voir que les CSC de Quest et de Grand River dans notre RLISS ont pris l’initiative d’aider ces personnes dans leurs communautés. » En mai, le CSC Grand River (GRCHC) a ouvert la clinique pour les travailleurs migrants de Grand River à Simcoe avec une autre antenne adjacente au CSC à Delhi. Ces cliniques ensemble ont servi près de 350 clients en 500 visites. Le GRCHC aussi allé au-delà des murs de la clinique et a participé à une foire des travailleurs agricoles saisonniers, en partenariat avec un programme de connaissances en santé, et a organisé une démonstration de cuisine saine. La clinique pour les travailleurs agricoles de Grand River est un cas unique en son genre où on trouve un cabinet médical, une pharmacie et une épicerie sous un même toit. La synchronicité et la détermination ont joué un grand rôle dans l’ouverture de la clinique. Le comité d’équité en santé de Norfolk recueillait de l’information et documentait les difficultés des travailleurs agricoles saisonniers depuis de nombreuses années. Les membres du comité ont par la suite été en mesure de rassembler les organisations et les parties prenantes dans la région pour faire valoir la nécessité de services de santé destinés à cette population précise. « Le comité a entrepris un gros travail de planification et d’établissement de partenariats et nous a invités à la table », a dit Peter Szota, le directeur général du CSC de Grand River. Eustace Orléans-Lindsay, pharmacien et membre du comité, a alors persuadé le Loblaws local qui abrite la pharmacie qu’il administre de permettre à la clinique des TAS d’utiliser le bureau médical vide au deuxième étage. Loblaws a accepté, et a également fourni un autobus pour transporter les travailleurs jusqu’au magasin depuis le centre-ville de Simcoe où se rendent les travailleurs chaque semaine pour faire leurs courses. « Mon engagement avec le comité d’équité a commencé à cause de mon expérience antérieure avec ces travailleurs. Ils venaient me voir à la pharmacie avec une multitude de demandes. Ils arrivaient avec des colis de leur pays d’origine, avec des marques de commerce que je ne reconnaissais pas, et ce n’était pas facile. J’ai eu recours assez souvent au Compendium des produits pharmaceutiques pour trouver des équivalents à ces médicaments. Parfois, cela dépassait mes capacités et je leur conseillais de voir un médecin », raconte Eustace Orléans-Lindsay. « Ils me disaient qu’ils ne pouvaient pas. Ils ne pouvaient pas voir de médecin, même s’ils avaient une carte de santé, parce que les médecins n’étaient pas disponibles au moment où eux l’étaient et que leurs employeurs n’allaient pas s’asseoir avec eux pendant 5 heures aux urgences pour attendre un simple renouvellement d’ordonnance ». Devant la situation, le CSC de Grand River a recruté une équipe pour fournir des services à la clinique les jeudi et vendredi soirs. L’équipe comprenait un médecin hispanophone, trois interprètes et une adjointe administrative.« J’ai été attiré par ce projet parce que les travailleurs migrants sont une population qui est mal desservie et j’essaie toujours de trouver un endroit où je peux être le plus efficace. Être sensible à leurs besoins et parler espagnol a été très utile », confie le Dr Chris Keefer, le médecin à la clinique. « Les travailleurs sont reconnaissants d’avoir la possibilité de parler leur propre langue. »La plupart des gens qui se rendent à la clinique étaient des travailleurs hispanophones du Mexique (65 %) et le reste, de divers pays des Caraïbes. Certains viennent dans la région de Simcoe depuis plus de 30 ans. « Avoir cette clinique ici signifie beaucoup. Je viens ici depuis 30 ans et c’est la première fois que je suis capable de voir régulièrement un médecin », nous a dit un travailleur de la Jamaïque le dernier jour de la clinique. « J’ai de la chance par contre, mon frère et ma belle-sœur vivent à Toronto et ils m’ont déjà donné un coup de main. Certains des autres gars, parfois, sont pas mal stressés. Ils arrivent en bonne santé, mais ils souffrent du stress. Ils ont besoin d’un endroit comme ici. » Les projets pilotes ont subi des évaluations continues dans cette première année; les enseignements qui ont en été tiré contribueront à améliorer le modèle pour l’année prochaine. « J’ai eu l’occasion de constater de première main l’impact de ces cliniques sur les travailleurs migrants. Elles répondaient aux besoins de santé uniques des travailleurs, et la présence d’interprètes a rendu possible la prestation de soins de santé », dit la chercheuse de l’évaluation, Stephanie Mayell. « Lorsqu’on leur a demandé où ils seraient allés pour obtenir des soins de santé si la clinique n’avait pas été mise à leur disposition, la plupart ont répondu qu’ils s’en seraient passés. Ce ne montre pas seulement la réussite du projet, mais aussi la nécessité d’élargir des cliniques similaires dans d’autres zones peuplées de travailleurs agricoles migrants. »
Grand River Clinic for Seasonal Agricultural Workers from AOHC ACSO on Vimeo.
À suivre : La Clinique de travailleurs migrants Quest à Virgil sera présentée dans un prochain numéro de Voix.