L’arrivée de milliers de réfugiés syriens représente un défi majeur pour les organismes de santé et de services sociaux de l’Ontario. « Assurer une expérience de migration harmonieuse exigera la collaboration de plusieurs systèmes en un écosystème sophistiqué », déclare Debbie Douglas, directrice général du Conseil ontarien de services aux immigrants. Les centres de santé communautaires et d’autres modèles de soins primaires gérés par la communauté soutiennent cet « écosystème » de manière très rigoureuse, coordonnée et intégrée.

Les centres de santé communautaire de l’Ontario (CSC) ont une longue histoire au service des réfugiés. À la mi-octobre, Adrianna Tetley, chef de la direction de l’ACSO, a écrit au ministre de la Santé et des Soins de longue durée Eric Hoskins pour l’assurer qu’une fois de plus, les CSC sont « engagés à prendre l’initiative d’offrir une solution unique pour répondre aux besoins médicaux des réfugiés arrivant dans nos collectivités. » Depuis lors, dans toute la province, les CSC ainsi que les équipes de santé familiale communautaire et les cliniques dirigées par du personnel infirmier praticien se mobilisent de toutes sortes de façons. Non seulement se préparent-ils à servir plus de réfugiés dans leurs centres individuels, mais ils jouent également un rôle de soutien, voire de premier plan, dans la planification de l’ensemble du système. Par exemple, à Ottawa, le CSC de Somerset-Ouest a été le premier à organiser un groupe multipartite qui est maintenant devenu Réfugiés 613, l’instance de coordination de la planification pour l’ensemble de la ville.

« Notre mission exige que dans des situations comme celle-ci, nous agissions et que nous agissions rapidement. Nous n’attendons pas de recevoir des consignes des ordres supérieurs de gouvernement. Nous retroussons nos manches, nous agissons et nous apprenons au fur et à mesure », explique Jack McCarthy, directeur général du CSC de Somerset-Ouest.

Des représentants du Réseau local d’intégration des services de santé de Champlain comptent parmi les nombreux groupes assis à la table de planification d’Ottawa. « Les centres de santé communautaires possèdent l’expérience et l’expertise pour rejoindre les populations vulnérables et travailler en partenariat avec d’autres organismes pour maximiser les efforts », précise Chantale LeClerc, chef de la direction du RLISS. « Dans la région de Champlain, les centres de santé communautaires ont prouvé à maintes reprises qu’ils sont capables de relever les défis à l’échelle communautaire et d’obtenir des résultats rapides lorsque le temps presse et que les enjeux sont importants. »

Dans plusieurs autres régions de la province, les CSC prennent également des rôles de direction. « Les CSC sont déjà profondément intégrés dans nos communautés, nous sommes donc bien outillés pour soutenir habilement ce processus », affirme Hersh Sehdev, directeur général des Centres de santé communautaire de Kingston. Hersh Sehdev fait partie d’une table de planification dans le RLISS du Sud-Est et il coordonne et communique régulièrement avec les quatre autres CSC dans le RLISS pour s’assurer qu’ils sont également tenus informés de l’évolution rapide de la situation et des derniers développements. En plus de jouer un rôle de coordination pour la préparation d’un afflux de réfugiés, les CSC de Kingston servent déjà six familles syriennes parrainées par des particuliers et ils se préparent à en recevoir cinq autres. Les problèmes dentaires sont une préoccupation majeure et certains des nouveaux arrivants ont déjà reçu des services dans le cabinet dentaire du centre.

Pendant ce temps dans le RLISS du Sud-Ouest, le Centre de santé intercommunautaire de London, qui sert des clients de plus de 80 pays, a été invité à jouer un rôle rassembleur similaire. La semaine dernière, le personnel du centre a accueilli une rencontre réunissant un large éventail d’acteurs : d’autres fournisseurs de soins primaires, des hôpitaux, des organismes de santé mentale et des psychiatres, des organismes d’aide à l’établissement, le Bureau de santé publique, ainsi que des CASC. Megan Cornwall, directrice des communications du centre, explique : « Parce que nous ajustons constamment nos pratiques en fonction de nouvelles vagues de nouveaux arrivants, nous avons beaucoup à partager dans une situation comme celle-ci. »

Le CSC du noyau urbain de Hamilton est un centre qui partage son expertise. Chaque année, le centre procède à des évaluations de santé initiales pour plus de 300 réfugiés parrainés par le gouvernement qui arrivent dans la ville.

Le centre se prépare maintenant à augmenter sa capacité de servir les réfugiés en faisant appel à la clinique MacHealth DNA dirigée par des étudiants, un programme unique au sein du centre dirigé par des étudiants en médecine de l’Université MacMaster. De plus, le CSC du noyau urbain de Hamilton a identifié neuf médecins bénévoles supplémentaires qui parlent tous l’arabe et qui se joindront à l’équipe d’intervention du centre. Le CSC participe également à la table de direction dirigée par Wesley Urban Ministries, partageant son processus de triage des réfugiés standardisé et coordonnant les renseignements sur la sécurité culturelle avec d’autres organismes et prestataires de soins de Hamilton qui offriront aussi des services aux nouveaux arrivants.

Dans les zones où il y a plusieurs CSC, les équipes interprofessionnelles unissent leurs efforts pour s’assurer que les initiatives se complètent mutuellement et éviter les doubles emplois. À Toronto, les 17 CSC coordonnent leurs efforts pour s’assurer que les nouveaux réfugiés obtiennent une évaluation de santé initiale, des soins d’urgence, puis un aiguillage vers un fournisseur de soins primaires régulier pour répondre aux besoins de santé courants. Les petits centres répondent eux aussi « présents » pour apporter un soutien. Par exemple, le CSC de Port Hope soutient déjà sept familles syriennes et le CSC de Grand Bend fait partie d’un groupe communautaire qui en parraine une autre.

« Nos centres veulent maximiser leur contribution », déclare Adrianna Tetley, chef de la direction de l’ACSO. « C’est parce que notre modèle de santé et de bien-être est particulièrement efficace au service des personnes ayant des besoins complexes. »

Les experts sont d’accord sur la nécessité d’adopter des approches spécialisées dans les soins des réfugiés. « Leur état nécessite des rendez-vous plus longs, comme ceux disponibles dans les centres de santé communautaires, et des rendez-vous où les clients peuvent aborder plus qu’un problème de santé », précise Michaela Hynie du Centre d’études sur les réfugiés à l’Université York. « Beaucoup de réfugiés arrivent aussi au Canada ne parlant aucune des langues officielles et nécessitent donc le type de services d’interprétation offerts dans les CSC. Ces aménagements jouent un rôle important dans l’intégration des réfugiés, non seulement en facilitant leur accès aux services, mais aussi en contribuant à l’établissement d’une norme d’accueil, de respect et d’acceptation. »

La profondeur des équipes interprofessionnelles des CSC est un autre avantage pour les réfugiés, dont beaucoup sont aux prises avec une série de problèmes non médicaux qui mettent à dure épreuve leur santé physique et mentale : la pauvreté, l’isolement social, des difficultés à trouver un emploi ou un logement adéquat. Pour résoudre ces problèmes, en plus des professionnels cliniques des centres de santé, les équipes des CSC comprennent également des travailleurs sociaux, des conseillers en santé mentale et des diététistes. Dans de nombreux cas, les CSC ancrent des carrefours d’agences multiservices qui comprennent les organismes d’aide à l’établissement, des cliniques d’aide juridique et des centres de soutien à l’emploi.

Un autre élément clé du modèle de santé et de bien-être des CSC consiste à s’assurer que les nouveaux réfugiés se sentent les bienvenus. Les recherches démontrent que lorsque les gens ont l’impression d’être un élément valorisé de leur communauté, ils sont plus susceptibles d’être en bonne santé. C’est pourquoi les CSC lancent une vaste gamme de programmes de soutien qui favorisent une expérience positive pour les réfugiés qui s’installent dans leur nouveau foyer : des groupes de mise en forme, des cours d’expression artistique, des jardins communautaires, des cours de cuisine et des programmes spéciaux pour les jeunes et les personnes âgées, pour n’en citer que quelques-uns.

« Nous leur apportons une communauté et des liens », estime Lise-Marie Baudry, directrice générale du Centre francophone de Toronto qui attend l’arrivée de réfugiés syriens dont la langue maternelle est le français. « Nous recréons une sorte de famille. »

Le modèle des CSC aborde également le racisme et d’autres formes d’exclusion sociale. Comme vous le lirez dans le profil de Ranjith Kulatilake présenté dans Voix, les réfugiés qui arrivent au Canada peuvent souvent passer d’un environnement hostile à un autre. « Nous comprenons que les Syriens qui arrivent au Canada peuvent être victimes de racisme et de sentiments anti-musulmans au sein de la collectivité. C’est un de nos domaines d’expertise, nous comprenons cela et nous tenons à les aider à s’orienter dans le processus et dans la gestion des attentes », explique Denise Brooks, directrice générale du CSC du noyau urbain de Hamilton.

Alors que les CSC de première ligne poursuivent leurs préparatifs pour accueillir les réfugiés syriens, l’ACSO est en liaison étroite avec le ministère de la Santé et des Soins de longue durée, le Collège des médecins de famille de l’Ontario et l’Association canadienne des centres de santé communautaires pour partager des informations et des ressources. « Nos membres sont fiers de faire partie de cette réponse positive à l’échelle nationale », dit Adrianna Tetley. « Nous servons les réfugiés depuis des décennies et nous sommes déterminés à tirer parti de cette expérience afin que tous les réfugiés trouvent un nouveau foyer accueillant au Canada – un foyer propice au meilleur état de santé et de bien-être possible. »