Le 7 octobre 2014, l’Association des centres de santé de l’Ontario (ACSO) de concert avec la Coalition des centres de santé et de ressources communautaires (CSRC) d’Ottawa publiait Réduire les écarts, un bulletin de santé mesurant le mieux-être d’Ottawa. En utilisant le cadre de l’Indice canadien du mieux-être (ICMÊ), l’un des principaux instruments du monde pour mesurer les progrès sociétaux, le rapport établit des liens entre la santé de la population d’Ottawa et les facteurs qui influent sur leur qualité de vie.  Le rapport a été publié à l’avance de récentes élections municipales d’Ottawa dans l’espoir d’informer les électeurs et les décideurs politiques. Il soulignait les recommandations politiques aux candidats municipaux relatives au logement, au transport en commun, à la sécurité alimentaire et à l’emploi qui émanent des consultations communautaires effectuées dans le cadre du projet Faire compter les votes dans nos milieux de vie. ______________    Nous nous sommes entretenus avec Jack McCarthy, directeur général du Centre de santé communautaire Somerset-Ouest (CSCSO) de la région depuis 1989, au sujet de cette initiative. ENTRETIEN : Jack McCarthyDirecteur général, Centre de santé communautaire Somerset-Ouest Pourquoi pensez-vous qu’il est important que des organisations comme des centres de santé et des centres de ressources communautaires s’engagent dans un processus électoral au départ?Je m’inspire souvent l’énoncé de mission de Somerset-Ouest. En bref, on y parle de trois choses. Tout d’abord, fournir des services aux familles individuelles et aux groupes de la manière la plus efficiente, la plus efficace et empreinte de compassion possible, mais ce n’est qu’un seul aspect. Le deuxième volet de notre mandat consiste à créer une communauté en santé et dynamique. Le troisième est de contribuer à une politique publique saine. Pour moi, cela revient à une abdication de responsabilité si nos voix ne sont pas entendues sur les questions brûlantes des politiques de santé publique.Avec l’élection municipale d’Ottawa à l’esprit, et votre responsabilité de prendre la parole sur la politique publique saine, que vouliez-vous ajouter au débat en rédigeant ce rapport?La CSRC tenait à braquer les projecteurs sur des questions essentielles que les politiciens municipaux peuvent influencer au chapitre de la prise de décisions. Les enjeux du transport en commun, de la sécurité alimentaire, de l’emploi et du logement abordable sont bien réels pour beaucoup de gens que nous sommes ici pour servir. Par exemple, nous avons présenté le projet Faire compter les votes dans le cadre duquel nous avons collaboré essentiellement avec des femmes des communautés de logements sociaux pour améliorer le processus électoral, l’engagement et le renforcement du leadership civique dans les communautés à faible revenu partout dans la ville d’Ottawa. Il n’était pas seulement question de préparer un document de politique sur ces questions. La première fois que j’ai entendu parler de l’ICMÊ, je me suis dit : « pas un autre cadre de planification stratégique ». Mais ce n’est pas juste un autre cadre d’analyse. Il peut intégrer des revendications politiques. Ce dont Ottawa n’avait pas besoin est un autre rapport pleurnicheur qui affirme que nous avons besoin de davantage de logements abordables. J’ai lu plus que ma part de rapports comme cela. Pour ceux qui n’ont pas entendu parler de l’ICMÊ, quelle est la principale chose à savoir?Nous disposons enfin d’un cadre équilibré, facile à comprendre, qui repose sur des données fiables, des données qui ne sont pas seulement axées sur les indicateurs économiques, mais qui englobent l’ensemble, l’ampleur d’une communauté. Un cadre qui peut également intégrer les revendications politiques et être un moteur de changement. Après la lecture de la version finale du rapport Réduire les écarts, je me sentais très optimiste. L’ICMÊ était novateur pour moi parce qu’il nous a permis de bien raconter notre histoire. Et cela nous a permis de mettre en lumière ce que font les centres de santé et de ressources communautaires pour s’attaquer à certains de ces mêmes enjeux qui sont soulevés dans le rapport. Donc, ce n’était pas juste nous ici en train de dire : voici un ensemble de problèmes sur lesquels nous devons travailler. Il démontre les moyens par lesquels nous prenons nos responsabilités. Vos centres abordent déjà des questions brûlantes, pouvez-vous nous en donner un exemple? Je dirais qu’un excellent exemple est la sécurité alimentaire. Nous sommes des meneurs dans ce domaine. Des paniers de bons aliments aux jardins communautaires, la sécurité alimentaire est sur toutes les lèvres aujourd’hui. Dans notre nouvelle antenne pour Somerset Ouest, nous allons cohabiter avec le Centre alimentaire Parkdale qui, historiquement, était désigné comme une banque alimentaire. Le changement consiste maintenant à enseigner aux gens à cuisiner des aliments nutritifs et à acheter de la nourriture abordable, à les inviter à se réunir pour célébrer autour d’un repas et à créer un sentiment d’appartenance communautaire. Donc, c’est une question de santé des populations, une question d’éducation, une question de loisirs et de culture, de vitalité communautaire, tous ces éléments sont liés à la sécurité alimentaire. C’est une histoire formidable à raconter et il y a beaucoup d’énergie et d’enthousiasme autour de cette question en particulier.Quel était le principal message à retenir du rapport, selon vous?Le principal message à retenir était, comme le suggère le titre, Réduire les écarts. Par exemple, l’écart entre les riches et les pauvres dans cette ville se creuse à un rythme spectaculaire. Et je pense que la lecture du rapport a déclenché un moment de révélation en quelque sorte. Nous devons faire quelque chose à ce sujet. Un deuxième point était que la Ville d’Ottawa affichait l’un des plus faibles taux d’appartenance communautaire parmi les grandes régions métropolitaines de l’Ontario. De 65 pour cent en 2009 à 59,8 pour cent en 2011. C’était inquiétant aussi. Le rapport suscite les questions suivantes : Quels en sont les facteurs? Pourquoi est-ce que cela se produit? Quel a été l’impact du rapport? Êtes-vous capable de le quantifier? Pour l’anecdote, il a reçu une excellente couverture médiatique. Par exemple, dans les médias francophones, la semaine dernière, Luc Ouellet, coprésident de la CSRC, a été interviewé à Radio-Canada encore une fois sur une question abordée dans le rapport. Et nous avons assisté à une rencontre aujourd’hui avec le personnel de la Ville d’Ottawa qui voulait en savoir plus sur le rapport. Ils ont inscrit eux-mêmes la question à l’ordre du jour, ce n’est pas nous qui l’avons fait. Donc, de façon anecdotique, j’ai entendu dire que ce rapport continue de susciter de l’intérêt, de susciter des questions. Il ne s’agit pas seulement d’un succès ponctuel au début d’octobre.[Cette entrevue a été modifiée pour des raisons de longueur et de clarté.] L’ancien premier ministre du Canada, Paul Martin, a également félicité les centres de santé communautaires d’Ottawa pour leur leadership au chapitre du passage des recommandations de politiques basées sur des données probantes au premier plan de la conversation. Et ce n’est pas étonnant. Réduire les écarts attiré l’attention du personnel de la Ville d’Ottawa et est même acheminé aux nouveaux conseillers municipaux pour les aider à se familiariser avec les solutions et les lacunes présentées dans le rapport. Pour consulter le rapport complet, visitez : Réduire les écarts, mesurer ce qui compte : rapport sur le bien-être communautaire d'Ottawa 2014