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Renforcer notre acceptation de la vérité pour comprendre nos rôles dans la réconciliation

Plus de 1 300 tombes non marquées ont été découvertes jusqu’à maintenant au Canada; de nombreux enfants autochtones n’ont pas été encore retournés à leur peuple et de nombreux pensionnats indiens qui ne sont pas encore reconnus par les dirigeants canadiens, qui portent seulement leur attention aux 139 pensionnats financés directement par le gouvernement fédéral.  

Depuis le mois de mai, nous sommes aux prises avec les vérités dont les communautés autochtones nous font part depuis des années. Les Canadiennes et Canadiens commencent à admettre le fait que plus de 15 000 enfants autochtones ont souffert et été victimes d’atrocités dans des pensionnats indiens sur une période s’échelonnant sur plus de 100 ans. 

Que ce soit notamment les mouvements « Idle No More » ou « Chaque enfant compte », nous sommes tous témoins des preuves indéniables de génocide et du traumatisme persistant causé par les pensionnats indiens, et de la violence provoquée par la colonisation dont des milliers de personnes et d’innombrables communautés autochtones sur ces terres ont été victimes. En cette première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada, ce sont ces vérités que nous avons longtemps ignorées qui doivent demeurer à l’avant-plan. 

Ce qui perdure depuis des décennies, des lois et des politiques ancrées dans le racisme, le colonialisme et la suprématie blanche, l’apathie et les excuses notamment de la part des gouvernements et des dirigeants communautaires, des grandes sociétés et des propriétaires d’entreprises est exposé au grand jour. Pendant des décennies, nous avons ignoré les témoignages et les vibrants appels des leaders et communautés autochtones et ignoré la souffrance des enfants et des familles qui s’est poursuivie avec la rafle des années soixante et les programmes de familles d’accueil, des gestes qui sont dénoncés pour avoir permis aux systèmes de la colonisation de continuer en toute impunité. En dépit des 94 appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada et d’autres appels à l’action depuis, il y a plus d’enfants autochtones en familles d’accueil que lors de la rafle des années soixante. Nous observons toujours de l’inaction et de l’opposition relativement aux efforts visant à obtenir justice pour les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Au Canada, nous sommes tous concernés par la vérité et la réconciliation. Nous avons tous un rôle à jouer dans ces démarches, que nous le reconnaissions et entreprenions ce parcours ou non.

En cette première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, nous devons nous poser les questions suivantes : Quelles sont les significations de nos réflexions, appels à l’action et engagements initiaux? À quoi ressemble vraiment le parcours passant par la vérité vers la réconciliation? Comment pouvons-nous assurer que la voie vers la réconciliation repose sur une approche fondée sur le respect des droits? Que signifie la « remise des terres » et comment la guérison autochtone en serait-elle favorisée? En ce qui concerne les systèmes de soins de santé, comment pouvons-nous nous assurer que les espaces sont plus sécuritaires pour favoriser la santé et le bien-être des Autochtones? Comment pouvons-nous procéder à la décolonisation des systèmes, des politiques et des institutions qui ont été créés en s’inspirant des pensionnats indiens? À quoi ressemble l’autodétermination en matière de santé et de bien-être et quelles sont les mesures requises pour favoriser une gestion autonome et la santé des Autochtones entre les mains des Autochtones?

La quête pour la vérité et la levée du voile sur des histoires effacées sont requises pour commencer à répondre à ces questions. Le récit de Joyce Echaquan, une femme de la Nation Atikamekw qui a été traitée de façon humiliante et raciste dans un hôpital du Québec avant sa mort, est un exemple récent montrant à quel point le racisme peut être mortel dans les systèmes de soins de santé au Canada. Ce n’est qu’un récit parmi tant d’autres d’Autochtones tués par le racisme systémique ancré dans les systèmes coloniaux du Canada, notamment les systèmes de santé, de justice et d’éducation, racisme engendré par des décennies d’inaction qui se répètent alors que les préjudices, l’indifférence, la haine et l’ignorance se transmettent de génération en génération.

L’Alliance et ses membres s’engagent à lutter contre les effets de la colonisation sur la santé des Autochtones. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes engagés à mettre en œuvre le programme de sécurité culturelle autochtone du Conseil des services de santé de première ligne aux Autochtones. Cette formation exhaustive aide les participants à désapprendre les structures coloniales, à mieux connaître et à respecter l’histoire et les expériences autochtones, et à se sensibiliser au traumatisme et au racisme intergénérationnels vécus aujourd’hui dans les soins de santé. Nous nous engageons à mieux comprendre la vérité pour favoriser la réconciliation en améliorant les expériences vécues par les Autochtones relativement aux soins de santé, et en créant des espaces plus sécuritaires et en assurant une redevabilité dans les divers contextes de soins de santé. Qu’il s’agisse des hôpitaux indiens, du principe de Jordan, ou des répercussions des changements climatiques sur la santé et le bien-être des communautés, une histoire complexe et de nombreuses expériences et vérités d’aujourd’hui restent à découvrir et à comprendre. L’Alliance s’engage aussi à continuer d’appuyer la transition à des soins de santé menés, conçus et régis par des Autochtones, par une démarche visant à remettre la santé des Autochtones entre les mains des Autochtones. Nous sommes également solidaires avec nos collègues du Conseil des services de santé de première ligne aux Autochtones dans leur revendication pour l’équité en santé et la décolonisation et par nos efforts organisationnels de décolonisation de l’Alliance.

Les évènements des derniers mois ont transmis un message fort : la démarche de réconciliation requiert que nous prenions le temps et l’espace pour comprendre ce qui s’est passé, ce qui se passe encore aujourd’hui, les répercussions sur nous tous, et le rôle que nous jouons par nos actions ou notre inaction. L’impact et les séquelles des pensionnats indiens, du système de protection de l’enfance, du système de justice et de l’incarcération, des systèmes de soins de santé, de notre manque de respect des droits et traités, et de la violence coloniale ancrée dans nos systèmes et politiques, se font ressentir encore aujourd’hui. Ces vérités ne se trouvent pas dans les chapitres d’un livre d’histoire; nous les vivons maintenant. C’est la raison pour laquelle l’Alliance s’engage à comprendre son rôle dans la découverte de la vérité et dans la réalisation d’une plus grande réconciliation en vue de la guérison et de la compréhension et d’un respect entre les leaders, les personnes et les communautés autochtones et les personnes non autochtones.  

le Jeudi 30 Septembre 2021